DU 5 OCTOBRE 2017 AU 3 FEVRIER 2018

REFUZNIKS

DIRE NON À L'ARMÉE EN ISRAËL

MARTIN BARZILAI




Ils s’appellent Tamar, Yaron ou Gal, ils sont étudiants, agriculteurs, postiers ou anciens officiers. Ils vivent à Tel Aviv ou à Jérusalem, ils ont 20, 40 ou 60 ans. Entre 2007 et 2017, le photographe Martin Barzilai a rencontré à plusieurs reprises une cinquantaine de ces Israéliens dits « refuzniks », qui refusent, pour des raisons politiques ou morales, de servir une société militarisée à l’extrême où le passage par l’armée est constitutif de la citoyenneté. En filigrane, ces refuzniks racontent toute l’histoire d’Israël, ses failles et ses contradictions, son caractère pluriel. Et dressent le portrait d’une société où tout devra être repensé pour construire un futur moins sombre. Cette exposition est extraite du livre " Refuzniks, dire non à l’armée en Israël ", qui sortira en novembre aux éditions Libertalia.


« En octobre 1993, je me rends pour la première fois en Israël et en Palestine.
J’ai alors 22 ans et je poursuis mes études de photographie. Mon opinion sur le conflit est à cette époque pratiquement inexistante. Il s’agit surtout d’aller rendre visite à des amis rencontrés à Paris. En 1972, l’imminence d’instauration d’une dictature décide mes parents à quitter l’Uruguay, pays où mon grand-père, juif, s’était installé en 1940, après avoir fui la France. Ne sachant où aller, mon père entre en contact avec un mouvement sioniste socialiste. On lui indique des kibboutzim en Israël où la famille pourrait s’installer. Mais l’idée de quitter un pays au bord du coup d’État pour atterrir dans un autre où la guerre menace, achève de décourager mes parents. Ce sera la France.

Ainsi, pendant toute mon enfance, à mesure qu’un nouveau conflit éclatait au Moyen-Orient, ils se félicitaient de leur choix. Lors de mon premier séjour en Israël, je rencontre pour la première fois un refuznik. Il a une vingtaine d’années, il est né en Argentine. Pour fuir la dictature responsable de la disparition de son père, sa famille s’est installée dans un kibboutz du Golan, près de la frontière libanaise. Rapidement, nos origines, nos goûts musicaux communs et nos idées permettent de tisser des liens d’amitié. Il me fait visiter son kibboutz et m’explique comment il s’est fait réformer pour raisons psychologiques, en invoquant la dictature militaire dont son père avait été victime et sa hantise des uniformes.

En 2002, le Premier ministre Ariel Sharon annonce la construction de la barrière de séparation en Cisjordanie. Dès 2003, une véritable résistance non violente en opposition au mur se met en mouvement dans plusieurs villages, avec le soutien d’internationaux et de pacifistes israéliens. À Paris aussi, une campagne s’organise pour soutenir cette lutte à travers des débats et des projections. En 2007, je découvre le site d’ActiveStills, collectif de photographes qui documente visuellement les violences exercées par Tsahal en Cisjordanie. À cette époque, ils affichent leurs photos sur les façades de Tel Aviv. Les images des exactions de l’armée israélienne choquent, provoquent et montrent le vrai visage de l’occupation.

C’est dans ce contexte effervescent de lutte contre le mur qu’est apparue l’idée de ce travail : représenter l’occupation, mais en tentant une autre perspective que celle d’ActiveStills. Mon choix se porte sur les refuzniks. Photographier ces jeunes qui choisissent de risquer la prison et l’ostracisme plutôt que faire leur service, ou ces réservistes qui refusent de combattre, permet de parler de la violence de l’occupation sans la montrer directement. Je suis donc parti à la rencontre des refuzniks en 2008. J’accompagne alors ces refuzniks à des manifestations contre le mur en Cisjordanie, dans le village de Ni’ilin. C’est là que le 29 juillet 2008, Ahmed Mousa, âgé de 10 ans, est abattu par un soldat israélien d’une balle dans la tête. Le jour de ses funérailles, Youssef Amireh, 17 ans, tombe à son tour, tué par l’armée d’occupation. Choqué, j’ai continué à interviewer, à photographier.

En 2009, je retourne en Israël poursuivre ce travail. D’années en années, face au tabou de l’insoumission dans la société israélienne, les refuzniks ressentent l’urgence d’exposer leur choix de refus. Les rencontres se multiplient.

Pendant l’été 2014, suite à des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, l’État israélien lance l’opération Bordure protectrice provoquant plus de 2 145 morts palestiniens, dont 80 % de civils parmi lesquels une part importante d’enfants. À la demande de Mediapart, je prends à nouveau contact avec certains des refuzniks pour qu’ils me livrent leurs impressions. Le moral de la plupart d’entre eux est alors au plus bas. Ils sont consternés par l’ambiance générale et maintiennent leur condamnation des opérations militaires. Un seul, Efi, a véritablement changé d’avis et s’est rangé derrière la raison d’État.

Durant l’été 2016 puis en avril et en juillet 2017, j’ai de nouveau la possibilité de me rendre en Israël. L’ambiance générale est bien moins combative. Le mur de séparation est achevé et la lutte non-violente dans les villages de Cisjordanie semble s’essouffler. L’arsenal de lois antiterroristes a renforcé les poursuites contre les militants pour la paix. La société israélienne s’est renfermée sur elle-même et les débats au sein de la gauche portent plus sur les inégalités sociales que sur la fin de l’occupation de la Palestine. Au fil des rencontres et des portraits et à travers le prisme particulier du conflit éthique qui anime les refuzniks, c’est une autre vision de la société israélienne que je souhaite proposer. » Martin Barzilai

LE PHOTOGRAPHE

MARTIN BARZILAI

Martin Barzilai est né à Montevideo, en Uruguay. Il obtient en 1994 le diplôme de l’École nationale supérieure Louis-Lumière à Paris. Il parcourt ensuite l’Amérique du Sud, où il s’intéresse aux problèmes politiques et sociaux. Il réalisera aussi plusieurs reportages en Israël-Palestine et en Tunisie. Il collabore à de nombreux titres de presse français (Le Monde, Télérama, Courrier international, L’Obs) et internationaux (New York Times, Time Out). Il conjugue commandes de presse et travail indépendant..

www.martin-barzilai.com






VERNISSAGE
JEUDI 5 OCTOBRE À 18H

Ouvert du mardi au vendredi
>15h - 18h
Samedi
> 15h-19h

Entrée libre
Tél. 04 67 18 27 54