Romain LAURENDEAU

MISTER NICE GUY

© Romain Laurendeau

Depuis 2018, le festival ImageSingulières, le journal d’information Mediapart et l’ETPA, s’engagent autour de deux prix : le « Grand prix ISEM » (doté de 8000€, et ouvert aux photographes du monde entier) et le « Prix ISEM jeune photographe » (doté de 2000€ et ouvert aux moins de 26 ans résidant sur le sol français). Tout deux récompensent des travaux photographiques documentaires en cours.

Romain Laurendeau – Lauréat Grand Prix ISEM 2019

Israéliens et palestiniens vivent côte à côte, parfois entremêlés mais toujours dans des espaces cloisonnés. Presque tout les différencie et pourtant, ces dernières années, la consommation de drogue n’a cessé d’augmenter des deux cotés. La dernière substance en vogue chez les jeunes est le « Mister Nice Guy ».

Le Mister Nice Guy est un cannabis de synthèse 50 à 100 fois plus puissant que la marijuana et bien plus dangereux. Il se présente sous forme d’herbe sur laquelle ont été pulvérises des produits divers : acétone, pesticides, speed et parfois même de la mort au rat. Le shoot est court et violent et l’addiction devient immédiate. Les conséquences sur la santé sont désastreuses : problèmes de rein et de foie, malaises, états psychiques délirants et paranoïaques, dépression.

Cette drogue est d’abord entrée discrètement dans les Territoires Palestiniens Occupés : via Israël où elle était légale jusqu’en 2013 et très populaire chez les jeunes conscrits de l’armée israélienne. Depuis son introduction, les laboratoires ont poussés comme des champignons dans la Cisjordanie voisine.

Le centre de désintoxication de l’association Al Sadiq est situé à Al-Eizariya en Cisjordanie, à peine quelques kilomètres à vol d’oiseau de Jérusalem, mais de l’autre coté du mur de séparation. Il se trouve dans une de ces nombreuses « zones tampons » palestiniennes, livrées à elles-mêmes, et parmi les plus touchées par le trafic et la consommation de drogue. C’est l’un des seuls centres de traitement des Territoires Palestiniens Occupés. C’est aussi le plus ancien et le plus dur. Avec sa politique d’enfermement total et de sevrage sans médicament, il accueille une trentaine de patients pour des périodes de plusieurs mois. Ces toxicomanes sont de plus en plus jeunes, et ils ont tous ou presque succombé au « Mister Nice Guy ».

LE PHOTOGRAPHE > ROMAIN LAURENDEAU

Après une formation de photographe, Romain contracte un Kératocone, une maladie qui déforme progressivement ses cornées. Pendant ces années de maladie, il explore l’intime, au travers de séries introspectives se nourrissant de ses doutes. En 2009, une transplantation de cornée lui sauve la vue. C’est une libération. Il est alors submergé par une soif de liberté et de l’envie de comprendre le monde. Depuis, Il n’a de cesse de voyager afin de documenter la condition humaine sous tous ces aspects sociaux, économiques et politiques.

Pendant 3 ans, il réalise au Sénégal des sujets remarqués notamment sur les chercheurs d’or qui lui vaut plusieurs prix et une exposition à Paris et au Japon. La même année, son sujet sur les élections au Sénégal sera sélectionné au Prix Bayeux- Calvados des Correspondants de guerre. Depuis 2014, il mène un travail de fond et au long cours, sur un pays assez peu couvert par la presse française, l’Algérie. S’intéressant principalement à une jeunesse algérienne qui s’ennuie, pris entre le poids d’une histoire qu’elle n’a pas choisi et un avenir qu’elle pense inexistant, Il obtient le prix AFD, le prix Camille Lepage, le prix Roger Pic et le prix Pierre et Alexandra Boulat pour son travail en Algérie. Il est également projeté au festival Visa pour l’image en 2015 et 2016, et plusieurs fois exposé.

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