JUAN MANUEL CASTRO PRIETO

SÈTE #11

© Juan Manuel Castro Prieto / VU'
© Juan Manuel Castro Prieto / VU'

Depuis 2007, CéTàVOIR invite chaque année un ou une photograhe en résidence. Une immersion de 4 à 6 semaines sur le territoire pour effectuer une carte blanche sur la ville. Sète devient peu à peu un «laboratoire» de la photographie documentaire contemporaine. Le travail de résidence est montré chaque année à l’occasion du rendez-vous de la photographie documentaire ImageSingulières.

« Une carte blanche est un risque à courir. Celui que nous avons pris en invitant en résidence Juan Manuel Castro Prieto était minime, il faut bien le reconnaître ! Castro Prieto n’a pourtant pas choisi la facilité en travaillant, à l’ancienne et en couleur, avec sa chambre 20×25. Il était venu nous parler de mémoire. Et chacune de ses images est comme une pièce d’un puzzle impressionniste : un détail, une figure locale, un souvenir recueilli avec l’accent… Les images-pastel qu’il nous livre sans douleur apparente, avec une bonhommie et une gentillesse étonnante, s’assemblent sans fausse note pour nous donner le reflet poétique d’une ville. Mais ne nous y trompons pas, c’est son propre passé que questionne Juan Manuel tout autant que celui de Sète.

Qui pense couleur à Sète imagine immédiatement la ville solaire, la profondeur des bleus, des blancs purs, des rouges profonds, une palette luxuriante de bords de Méditerranée. C’est au contraire une proposition en demi-teinte, vibrante, assoupie, apaisée mais ouverte au risque de quelques stridences, que le photographe décline entre deux visions de mer amples, riches de camaïeux dans lesquels bleu et gris se marient pour imposer un univers de matière, impressionniste et sensuel. […]
Pour dresser son portrait de la ville Juan Manuel Castro Prieto a trouvé une infinité d’images existantes, utilisées ou oubliées, qu’il a rephotographiées à sa manière, leur donnant un nouveau sens. Elles deviennent, tout comme les traces de pas inscrits par la peinture blanche sur le sol, des manières de repères et une façon de dire que tout cela n’est qu’image, signe, qu’il faut lire la ville car elle se donne comme une énigme à décrypter. Une des forces de cette vision est aussi d’avoir accepté le fait que Sète est étrange. Et d’avoir, au lieu de tenter de lutter, su pactiser avec cette identité aussi profonde que déroutante. »

- Christian Caujolle

LE PHOTOGRAPHE > JUAN MANUEL CASTRO PRIETO

Juan Manuel Castro Prieto est né en 1958 à Madrid où il vit. En 1990 il part à Cuzco pour réaliser les tirages des photographies de Martin Chambi qui nous permirent de découvrir cet immense portraitiste des années trente. Il commence alors dans le même temps son travail personnel au Pérou qui lui fera parcourir le pays durant dix ans et qui donnera le livre « Viaje al Sol ». L’exposition éponyme sera ensuite montrée dans de nombreux pays. Il publie « Extranos » en 2003 : une collection d’images « étranges » où il explore les limites de la photographie, se jouant de la lumière, passant allègrement du nu à la mise en scène ou au paysage. En 2009, il propose son premier livre en couleur « Ethiopia » où il joue à nouveau de sa formidable maitrise technique pour des images en grand format qui vont souvent à l’opposé des (trop ?) nombreuses autres propositions photographiques sur ce pays. Il fuit le spectaculaire. Les couleurs sont à son image, toutes en délicatesse et en sensibilité. Il reprend aussi le chemin du Pérou, sur les traces de Chambi, avec l’envie de montrer les bouleversements sociaux économiques et culturels du moment. C’est aussi pour lui matière à réflexion sur l’évolution de la (sa) photographie. Il poursuit actuellement un important projet personnel « Mémoire ».
Scientifique de formation et amoureux de la photographie, Juan Manuel Castro Prieto a su faire cohabiter ses passions en devenant l’un des plus savants, exigeants et subtils tireurs européens.

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