31 MAI > 27 juillet 2013

CÉDRIC GERBEHAYE

SÈTE #13

© Cédric Gerbehaye / VU'
© Cédric Gerbehaye / VU'

Depuis 2007, CéTàVOIR invite chaque année un ou une photograhe en résidence. Une immersion de 4 à 6 semaines sur le territoire pour effectuer une carte blanche sur la ville. Sète devient peu à peu un «laboratoire» de la photographie documentaire contemporaine. Le travail de résidence est montré chaque année à l’occasion du rendez-vous de la photographie documentaire ImageSingulières puis à la MID.

« C’est Sète en hiver. Sète en noir et blanc telle que l’a vue Cédric Gerbehaye. Sète comme une découverte en terre inconnue pour celui qui nous a davantage habitués aux travaux au long cours loin, en Palestine ou au Congo, pour des travaux ambitieux documentant des univers en crise en proie à leur histoire. Sète comme un retour vers l’Europe, vers des racines aussi, Sète comme une pause dans le travail entrepris en Belgique, pour la première fois, chez lui après avoir passé tant de temps ailleurs. Sète – comme tous les travaux antérieurs – se retrouve cadrée au plus près, au plus précis, on dirait au scalpel si l’on ne craignait de laisser croire qu’il y a là quelque chose de froid, de sec. La redoutable acuité du regard se nuance en effet des vibrations de la lumière d’hiver, qui révèle sans exalter, qui module sans caresser. Pas de bavardage, de verbiage, de joliesses ou de tentative de narration, d’explication, aucun carnet de route. Le contraire, en somme de ces grands ensembles entrepris après un énorme travail de documentation sur les enjeux socio politiques, sur la façon dont l’histoire traverse le présent. Non, il s’agit d’arpenter, de voir, de donner à voir ce que l’on a perçu, croisé et vu. D’espérer que la rigueur permettra de donner à tout cela une consistance. De documenter au vrai sens du terme, en assumant l’impossibilité à être « objectif » ou exhaustif autant qu’en revendiquant l’envie de se confronter à un inconnu si proche comme à des inconnus qui nous sont contemporains. »Difficile de savoir pourquoi une distance est « juste » – au sens où Jean-Luc Godard, dont Richard Dumas aime imiter de façon désopilante le phrasé unique, s’interrogeait sur « une image juste ou juste une image ». Ici, incontestablement, ces images sont justes parce qu’elles ne cherchent jamais ni à démontrer ni à décrire. Elles savent se couler dans l’évidence d’une perception qui recueille le sentiment induit aussi bien par la surprise émue face au maquillage d’enfants qui ne sont pas tous les jours à la fête réunis à l’occasion du premier de l’an – les clowns sont rarement aussi justement tristes – que par la fragilité d’une modeste croix composée de gros graviers sur la tombe de Paul Valéry. Mais aussi par l’affirmation de la grandeur immaculée d’une croix monumentale ou la lutte des flots moussant entre des blocs de béton. Ou encore par le face à face énigmatique d’une femme et d’une poupée, l’étrangeté d’une cariatide, tête en écho d’Afrique baissée sur une poitrine orgueilleuse nimbée de soleil, ou même le sourire d’un ballon diablotin se détachant sur fond de mur écaillé. »

- Christian Caujolle

LE PHOTOGRAPHE > CÉDRIC GERBEHAYE

Né en Belgique et membre de l’agence VU’, Cédric Gerbehaye est journaliste de formation. La photographie s’est imposée à lui comme une forme d’écriture qu’il a commencé à pratiquer en 2002, lorsqu’il choisit de travailler sur le conflit israélo-palestinien. Un travail qu’il a prolongé par la suite en effectuant plusieurs séjours dans les territoires palestiniens et en Israël. Il s’est également intéressé à la question kurde tant en Turquie qu’en Irak. Il se rend ensuite au Burundi et en République centrafricaine et commence sa série de reportages en République Démocratique du Congo. Depuis juillet 2010, son attention se porte sur le Sud-Soudan et sa série de reportages intitulée “Land of Cush” reçoit le prix SCAM en 2012. Cette même année, il expose au Festival Photoreporter de Saint-Brieuc le premier chapitre d’un retour sur son pays d’origine, la Belgique.

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